Aboubacar Camara est guinéen et connait son statut séropositif depuis 2008. Il travaille aujourd’hui pour l’organisation médicale Médecins Sans Frontières (MSF), en qualité de patient expert. Eux-mêmes séropositifs et sous traitement anti-rétroviral, les patients experts sont formés pour sensibiliser sur le virus et accompagnés les patients dans leur mise sous traitement. Il raconte son combat.

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Aboubacar Camara, est guinéen et connait son statut séropositif depuis 2008. Employé de Médecins Sans Frontières (MSF), en qualité de patient expert.

Mon histoire commence en 2008, précisément un 09 février, au Centre Hospitalier Universitaire Ignace Deen de Conakry, en Guinée. C’est dans cet hôpital que j’ai été dépisté et déclaré séropositif, alors que j’étais étudiant en licence 2 à l’Université de Kankan. Lorsqu’on m’a annoncé le résultat à Conakry, l’une de mes premières préoccupations a été de savoir comment j’allais pouvoir continuer mes études. Peu de temps après ma mise sous anti-rétroviraux (ARV), mon médecin traitant a donc facilité mon transfert à l’hôpital préfectoral de Kankan, situé à environ 800 km de Conakry, afin que je puisse poursuivre mes études.

Lors de ma première visite à l’hôpital de Kankan, mon nouveau médecin traitant m’a pointé du doigt lorsque je sortais de son bureau : « Le jeune qui vient à peine de sortir de mon bureau vit avec le VIH et la tuberculose. Il risque d’en mourir », a-t-il prononcé, m’indexant à tous ceux qui étaient venus en consultation, notamment des camarades de promotion.

Cela m’a complètement découragé et je ne suis plus revenu le revoir. Ne croyant plus à rien, j’ai abandonné tout projet de traitement. J’ai perdu énormément de poids et ma santé s’est considérablement dégradée. Je suis revenu à Conakry pour revoir mon premier médecin au CHU. Il a repris tous mes examens : mes CD4 étaient descendus à 9 et j’ai alors pensé qu’il ne servait plus à rien de se fatiguer, car j’étais sûrement vers ma fin.

Les associations pour vivre positivement

Une semaine après, j’ai eu la chance d’écouter le témoignage d’une femme à la radio, une activiste, vivant avec le VIH depuis plusieurs année et qui travaillait chez MSF. Elle a parlé du virus, du traitement et de ses contraintes, et cela m’a remotivé. J’ai cherché à la contacter et c’est grâce à elle que je suis rentré dans la cohorte de MSF.

C’est là que j’ai réellement bénéficié d’un accompagnement psychosocial, avec des conseillers éducateurs en individuel, mais aussi et surtout dans les groupes d’éducation thérapeutique. C’est grâce à ces groupes que j’ai trouvé le courage d’adhérer à VIE+, une association de personnes vivant avec le VIH. C’est la présidente de cette association qui avait témoigné à la radio. C’est vraiment elle qui m’a poussé à accepter ma maladie et m’a encouragé à la vie positive.

Aujourd’hui, grâce à l’association VIE+, je travaille comme activiste pour MSF. « Le VIH est dans mon sang, sa lutte est dans mon âme », c’est le slogan que je me suis fixé, avec mon parcours. Grâce à cela, je n’ai pas peur de témoigner à visage découvert. Je n’ai pas de doute, car je sais que c’est ce genre de témoignage qui m’a sauvé la vie.

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C’est important de savoir qu’il y a des gens qui sont comme toi, et qui sont aussi passés par le désespoir total et en sont revenus. Il n’y a pas que le traitement médical et psycho-social. Il y a aussi

l’adhésion et l’insertion dans les associations. C’est essentiel : ça permet de vivre positivement. La quiétude sociale que tu vas avoir là-bas, tu ne peux pas avoir ça ailleurs.

Mon engagement pour les autres

Mon travail consiste donc à ça : témoigner, faire des animations dans les salles d’attente, pour rencontrer les personnes qui vivent avec le VIH, mais aussi faire des sensibilisations, comme par exemple dans les salons de coiffure, dans les ateliers de coutures, port débarcadère, terrains de football, maisons des jeunes, même les plages, les marchés.

Nos cibles se sont plutôt les jeunes. La difficulté avec les jeunes, c’est que dès qu’ils voient que c’est MSF, ils pensent que nous allons leur apporter de l’argent. Alors on leur dit qu’on est là pour les informer et que ce qu’on donne, ce n’est que de l’information et des préservatifs. Les principaux messages portent sur le dépistage. D’ailleurs, on fait aussi du dépistage sur place. Je suis moi-même un dépisteur. Des fois, certains sont réticents, ils se méfient et pensent qu’on vient peut-être pour les escroquer, ou passer de mauvaises informations – parce que nous ne sommes pas si longtemps après Ebola. Ou alors, ils invoquent la religion.

On fait aussi de la sensibilisation et du dépistage nocturne, avec les AC et les HP qui sensibilisent porte à porte, de maison en maison. Ils mobilisent des gens, pour venir faire le dépistage. Et nous sommes dans les boxes. Pour les sensibilisations nocturnes, c’est dans les sites où travaillent les professionnelles du sexe